E018. L'architecture de la méconnaissance — II. L'Architecture des temples
Il est une chose que l'on vient à connaître en passant devant les temples des diverses religions. C'est une connaissance de la foi elle-même ; c'est une connaissance de l'homme et de la société. J'ai passé devant les temples de trois religions différentes, sur trois continents. C'est de cela que je parlerai.
J'ai passé devant le temple catholique de l'Amérique, le temple républicain de la France, le temple de l'État de droit de l'Inde. Ils croient en des dieux différents. Il y a des conflits sectaires à l'intérieur de chaque temple. Ils croient en des dieux différents, observent des rites différents, possèdent des lois morales et des grammaires différentes. Le conflit global est le conflit des grammaires locales.
La politique est religion sécularisée ; la sécularisation, à ce point, signifie différenciation. Mais le conflit théologique et la grammaire sont profondément inscrits dans tous ces fragments. La religion est l'archétype du politique, et c'est en ce sens que j'ai vécu dans plusieurs temples.
Il n'existe pas d'espace non-religieux, et donc pas d'espace non-politique. Tout espace est potentiellement temple et parlement. Car il est point d'équilibre des forces, point d'accord, point de rupture. Le temple est espace dynamique, espace de pouvoir, lieu du symbole et de la lutte.
Croit-on encore que la politique et la religion soient distinctes ? Alors répondez. Pourquoi le moment le plus politique est-il toujours religieux ? Pourquoi le moment le plus religieux est-il politique ? Pourquoi le 11 septembre est-il à la fois politique et religieux, rupture et accord ? Pourquoi le moment le plus rationnel se transforme-t-il en fanatisme ? Pourquoi Robespierre fut-il guillotiné ? Pourquoi les communistes portent-ils la foi la plus inébranlable ? Pourquoi les Jésuites sont-ils si politiques ? Je le répète : la politique elle-même est religion, et la religion est politique. Pourquoi la grammaire de la théologie saigne-t-elle si vivement dans la politique ? Pourquoi la politique exige-t-elle le martyre ?
Il faut le savoir. La question la plus politique est la question la plus religieuse ; la question la plus religieuse est la question la plus politique. Il faut le savoir.
En France, séparer le politique du religieux est devenu une religion nouvelle. La séparation est religion. C'est là la religion française. Et c'est dans cet entre-deux que la République est née. À quoi sert la République ? La République sert la République elle-même.
REGNIS publie occasionnellement des essais à la croisée de l'analyse historique et de l'intelligence institutionnelle. Les opinions exprimées n'engagent que leur auteur.